Dissertation Ses Conflits Du Travail

Alors que les appels à la grève se multiplient dans différents secteurs d’activité contre le projet de loi travail, les lycéens français de la série économique et sociale au Liban ont planché sur «le conflit social».

La référence à l’actualité n’était peut-être pas voulue, mais le sujet de l’épreuve de sciences économiques et sociales (SES), sur laquelle ont planché les élèves des lycées français du Liban, a une résonnance particulière. En effet, la dissertation avait pour sujet: «Quels peuvent-être les effets des conflits sociaux sur le changement social?» Un sujet clairement d’actualité, alors que les appels à la grève se multiplient contre la loi travail, et que le conflit social dure depuis maintenant plusieurs mois en France.

Pouyr répondre à cette question, les candidats devaient s’appuyer sur un ensemble documentaire composé d’un sondage copmparant le «souhait de changement dans l’organisation de la société des 18-29 ans de 1981 à 2008, et des 30 ans et plus en 2008», d’un extrait d’un article du Monde intitulé «Pourquoi les taxis manifestent-ils?» qui expliquait le mouvement de grève des taxis contre la concurrence des VTC (véhicules de tourisme avec chauffeur), et un tableau décrivant l’évolution des écarts de revenu salarial entre les hommes et les femmes, de 1995 à 2010.

Il serait amusant de soumettre le premier ministre Manuel Valls et Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, fortement opposés sur le projet de loi travail depuis plusieurs mois, à ce sujet de dissertation, et de comparer leurs copies...

«Expliquer l’abstention électoral», autre sujet d’actualité

Pour l’épreuve de spécialité, les lycéens français au Liban ont du choisir entre comparer «le régime politique présidentiel et le régime politique parlementaire», ou de répondre à une question: «Comment expliquer l’abstention électorale?» Une dernière question également ancrée dans l’actualité politique française.

Approfondissons le rôle des syndicats dans la régulation sociale des conflits autour du .

Vous avez l'habitude d'associer les syndicats aux , et même de les considérer, sinon comme la cause, du moins comme des acteurs essentiels des conflits. Ils sont effectivement souvent à  l'origine des grèves, des manifestations, et, par les revendications qu'ils expriment, ils peuvent entretenir la tension sociale. Mais cette vision des choses ne recouvre qu'une partie de la réalité, car les syndicats jouent en fait un rôle bien plus complexe, et, paradoxalement, permettent aussi de réduire la conflictualité dans les entreprises. Cela amène à  s'interroger sur les conséquences de la désyndicalisation que l'on constate dans les sociétés modernes : cela va-t-il accroître ou diminuer la conflictualité dans la société ?

Si les syndicats ont favorisé l'émergence de conflits sociaux par leur capacité d'organisation, ils ont également permis de les régler plus facilement par l'institutionnalisation (des conflits et des organisations).

Voyons concrètement comment le développement des syndicats peut permettre le développement des conflits sociaux dans les entreprises, et plus généralement au niveau de la société tout entière.

•   Les syndicats rassemblent les moyens matériels et humains de l'. L'action collective coûte cher, et les syndicats sont d'abord un moyen de la financer. Ils collectent des cotisations, reçoivent parfois des dons ou des subventions publiques, qui permettent de faire face aux dépenses nécessaires à la mobilisation des salariés (presse syndicale, tracts, locaux et moyens de communication, transports des militants, caisse de solidarité pour compenser les pertes de salaires en cas de grève, …). Mais ces moyens permettent surtout de payer des permanents, c'est-à-dire des personnes qui travaillent à temps plein pour le , assurent des permanences pour informer ou aider les salariés, gèrent les aspects matériels de la vie syndicale, négocient avec les employeurs. Les permanents et plus généralement les militants syndicaux assurent la coordination et donc l'efficacité de la revendication. En effet, si on veut par exemple lancer une grève pour faire pression sur l'employeur, il vaut mieux que tout le monde cesse le travail en même temps pour que la démonstration de force soit plus convaincante : c'est le rôle des syndicalistes de coordonner les actions individuelles de revendication. Et si on veut que la grève soit un succès, il faut aussi informer les salariés à l'avance et essayer de les convaincre de participer, et là encore, les syndicats fournissent un travail essentiel pour le développement de .

  • Les syndicats sont un cadre institutionnel qui permet de faire émerger des décisions collectives et de mener des négociations pour sortir des conflits. Pour mener une action collective, il faut s'entendre sur les buts de l'action (que réclame-t-on ?), sur les moyens à mettre en œuvre (grève, ponctuelle ou générale, manifestation, pétition, …). Pour prendre de telles décisions, il faut un cadre institutionnel démocratique précis qui offre aux individus les moyens de s'exprimer, de désigner des représentants, et pour ces représentants, il faut des instances de réunion et de décision pour aboutir à des choix collectifs représentatifs de ce que souhaitent les adhérents. Pour mettre un terme au conflit, il faut pouvoir discuter avec un “ interlocuteur ” représentatif, ne serait-ce que pour savoir quelles sont les revendications de ceux qui protestent ! Il faut aussi pouvoir discuter pour chercher d'éventuelles solutions de compromis, ou de conciliation des points de vue. Les syndicats sont aussi nécessaires pour organiser une négociation permanente qui prévienne les conflits. Avant de prendre une décision, la consultation des syndicats permet de repérer ce qui peut éventuellement poser problème et susciter le conflit. On peut alors négocier les solutions a priori, et ainsi faire l'économie d'une grève, par exemple.

  • Les syndicats permettent de maintenir le conflit social dans des formes socialement acceptables. Dès lors que l'on rentre dans un conflit social, la question des méthodes de revendications se pose. Elle est importante parce que des “ dérapages ” sont toujours préjudiciables à la cause que l'on défend. Si, par exemple, lors d'une manifestation, des violences ou des dégradations sont commises par les manifestants, ils auront plus de mal à rallier l'opinion publique. Les syndicats font ainsi fonction de “ service d'ordre ”, pour maintenir la revendication dans certaines limites.

  • Les conflits antérieurs et les négociations successives ont amené les employeurs et les syndicats, et souvent l'Etat, à s'entendre pour édicter des règles qui régissent les situations de conflits potentiels. Ainsi, le droit du travail encadre les licenciements, en précisant quand un employeur peut licencier et quelles compensations il doit éventuellement apporter. Cela permet d'éviter d'une part une utilisation arbitraire, voire répressive, du licenciement, mais aussi de le rendre moins contestable par les salariés. De même, les “ grilles de rémunération ”, qui prévoient quels salaires peuvent être versés en fonction du métier ou de l'ancienneté, permettent d'éviter que les promotions soient un sujet de conflit entre l'employeur et les salariés. L'émergence d'un droit du travail a aussi comme conséquence de faire rentrer le juge dans l'entreprise. Le recours à la justice est en effet un moyen de faire arbitrer les litiges par les tribunaux sans passer par le conflit social. De ce point de vue, les entreprises ressemblent de plus en plus à la société, qui se civilise en remettant la charge de la résolution des conflits à une judiciaire indépendante.

L'existence de syndicats facilite donc grandement l'action collective. En ce sens, le syndicalisme peut être considéré comme un facteur de conflictualité sociale. C'est d'ailleurs en partie pour cette raison que les grèves en France sont plus importantes dans le secteur public que dans le secteur privé : les syndicats y sont encore relativement puissants et bien implantés. C'est pour cela aussi que les chefs d'entreprise sont souvent réticents face à l'implantation de syndicats !

Le paradoxe n'est qu'apparent : les syndicats augmentent l'efficacité de la et donc favorisent les conflits sociaux, mais en même temps, ils permettent de “ piloter ” ces conflits et donc de les rendre moins radicaux et de leur trouver une conclusion. Le syndicalisme rend en quelque sorte les conflits sociaux plus efficaces, mais plus raisonnables.

Mais, d'une part, les mutations du travail affaiblissent dans une certaine mesure les syndicats.

Ce phénomène de la désyndicalisation est important à  analyser, parce qu'il permet de comprendre pourquoi il est nécessaire que les soient organisés. Cela permet aussi de comprendre que la “ mécanique ” du conflit social est parfois aussi essentielle que le fond de la discorde. Nous verrons dans un premier temps la réalité de la désyndicalisation, puis quelques éléments d'explication et enfin les conséquences sur les conflits sociaux.

  • La désyndicalisation est un phénomène général dans les pays industrialisés. Le nombre de conflits, mesuré par le nombre de journées de travail perdues du fait des grèves, a considérablement diminué en France depuis 20 ans : entre 3 et 4 millions  de journées perdues par an pour fait de grève à  la fin des années 1970, moins d'un million en général depuis 1985. Cette diminution peut étonner : on a parfois l'impression, à  tort, que les grèves sont plus nombreuses que jamais. En fait, elles ont beaucoup plus diminué dans le secteur privé que dans le secteur public, où les grèves se “ voient ” plus car elles touchent souvent des services publics. Mais le secteur public emploie moins de travailleurs que le secteur privé. Le taux de syndicalisation (part des syndiqués dans la occupée) a beaucoup décru depuis 30 ans. Aujourd'hui, en France, on estime que 8% environ des travailleurs sont syndiqués (près de 40% l'étaient en 1950). Le taux de syndicalisation reste bien plus élevé dans le secteur public que dans le secteur privé (où il est d'environ 3.5%), dans les grandes entreprises que dans les petites, même s'il a diminué partout. La diminution de l'influence des syndicats se voit aussi au fait que certains conflits, parmi les plus durs de ces dernières années, démarrent en dehors des syndicats, comme nous le verrons plus loin.

  • Premier élément d'explication de la désyndicalisation : la montée du . C'est une explication conjoncturelle : la montée du chômage peut expliquer que les salariés, craignant pour leur , renoncent à  se mettre en grève ou à  entamer un conflit avec leur employeur. Dans ce cas, on peut penser que si la croissance repartait et si le chômage diminuait sensiblement et durablement, le nombre des conflits pourrait repartir à  la hausse.

  • Deuxième élément d'explication de la désyndicalisation : les transformations du travail. Il s'agit cette fois d'une explication structurelle à  la désyndicalisation. La transformation de la structure des emplois joue en défaveur de la syndicalisation. En effet, le nombre d'emplois ouvriers, et plus généralement dans les industries, a considérablement diminué depuis 1975, comme nous l'avons vu. Or, le syndicalisme a une bonne part de ses racines dans le mouvement ouvrier. De plus, le travail dans les usines s'est transformé, les horaires se sont flexibilisés, et les syndicats ont plus de mal à  entrer en contact avec l'ensemble des salariés. L'éclatement du collectif de travail fait que tous les gens qui travaillent au même endroit n'ont pas forcément le même employeur (c'est le cas quand il y a des travailleurs intérimaires) ce qui rend plus difficile la mobilisation. Et le développement des , qui éloigne encore les travailleurs de la direction réelle de l'entreprise, rend plus difficile l'identification et l'atteinte du groupe avec lequel on peut rentrer en conflit. Enfin, les emplois du tertiaire, qui se sont beaucoup développés, sont situés dans des entreprises de taille inférieure à  celle des entreprises industrielles. Or le syndicalisme se développe plus facilement dans les grandes entreprises que dans les petites. Et la féminisation qui a accompagné cette tertiairisation joue aussi en défaveur des syndicats car les femmes sont, en moyenne, moins syndiquées que les hommes.

  • Troisième élément d'explication : l'institutionnalisation des syndicats. Ce qu'on appelle l'institutionnalisation, c'est le fait que les syndicats sont reconnus par les employeurs comme des interlocuteurs légitimes et incontournables. C'est aussi le fait que le nombre de permanents, c'est-à-dire de personnes qui travaillent à  plein temps pour le syndicat, augmente. Cette évolution peut couper les syndicats de leurs adhérents. Ceux-ci ne se sentent plus représentés réellement par les permanents syndicaux qui négocient avec les organisations patronales. Les syndicats apparaissent alors comme des organisations bureaucratiques dans lesquelles les adhérents ne se reconnaissent plus, d'où la diminution du nombre d'adhésions. Il en résulte que les syndicats encadrent moins qu'avant les conflits. Ce ne sont pas toujours eux qui appellent à  la grève (certains conflits se déclenchent “ à  la base ”, sans appel des syndicats). Leur place est prise par des “ coordinations ”. De quoi s'agit-il ? Les grévistes élisent des représentants, indépendamment de leur appartenance syndicale, qui vont aller négocier avec la direction (alors que c'est le rôle traditionnellement dévolu aux syndicats) et qui viennent rendre compte devant la “ base ” de l'évolution des négociations. Dans le courant des années 1990, on a vu par exemple le conflit des infirmières ou celui des chauffeurs routiers être géré de la sorte. On peut lire ici une méfiance vis-à-vis des syndicats, considérés comme des coupées de la base des travailleurs

Cet affaiblissement des syndicats n'est cependant pas sans risque et il n'est peut-être que transitoire.

La désyndicalisation peut entraîner une augmentation et surtout une radicalisation des conflits sociaux. C'est au fond facile à  comprendre, puisque l'on a dit plus haut quel rôle pouvait jouer les syndicats dans la prévention et la . Sans présence syndicale, difficile d'organiser une consultation ou une négociation, difficile de savoir sur quoi céder pour mettre fin à  une grève.

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